Sidi Mohamed Kagnassi : l’impact décisif des politiques gouvernementales sur l’IA en Afrique

L’intelligence artificielle n’est plus une technologie lointaine : elle redessine déjà l’économie mondiale, les services publics et le quotidien des citoyens. Pour Sidi Mohamed Kagnassi, figure clé de l’écosystème numérique africain, l’Afrique peut non seulement rattraper son retard, mais aussi devenir un moteur de cette révolution, à condition de s’appuyer sur des politiques gouvernementales ambitieuses et cohérentes.

Selon lui, tout se joue autour de quatre leviers majeurs : des infrastructures numériques solides, des incitations économiques attractives, des règles du jeu claires et une coopération panafricaine structurée. Le tout en misant résolument sur l’énorme potentiel de la jeunesse africaine.

1. Pourquoi l’Afrique est idéalement placée pour réussir avec l’IA

L’Afrique est souvent présentée à travers ses défis, mais dans le domaine de l’IA, elle dispose d’atouts uniques que souligne Sidi Mohamed Kagnassi.

  • Une population très jeune: le continent est le plus jeune du monde, avec une part majoritaire de la population ayant moins de 25 ans. C’est un réservoir exceptionnel de talents potentiels à former aux métiers du numérique et de l’IA.
  • Une grande diversité culturelle et linguistique: cette diversité est une richesse pour concevoir des solutions d’IA adaptées à différents contextes, langues, modes de vie et usages.
  • Des besoins massifs dans tous les secteurs: santé, agriculture, éducation, finance, énergie, villes intelligentes… Autant de domaines où l’IA peut apporter des gains spectaculaires en efficacité et en inclusion.

Pour transformer ce potentiel en résultats concrets, Sidi Mohamed Kagnassi insiste : il faut des États stratèges, capables de créer un environnement propice à l’innovation, à l’investissement et à la diffusion de solutions d’IA sur l’ensemble du continent.

2. Les politiques publiques comme moteur de l’innovation en IA

Les talents et les idées ne suffisent pas. Sans un cadre politique adapté, les projets restent isolés, sous-financés ou peinent à changer d’échelle. C’est là que les gouvernements ont un rôle déterminant à jouer.

2.1. Investir massivement dans les infrastructures numériques

La première condition pour développer l’IA, c’est de disposer d’un socle numérique robuste. Pour Sidi Mohamed Kagnassi, cet investissement doit être pensé comme une infrastructure de base, au même titre que les routes ou l’électricité.

  • Accès généralisé au haut débit: sans connexion rapide, fiable et abordable, impossible de former, d’expérimenter et de déployer des solutions d’IA à grande échelle. L’extension de la fibre, de la 4G et de la 5G est un préalable.
  • Centres de données sur le continent: l’hébergement local des données permet de réduire la latence, de mieux maîtriser la souveraineté numérique et de créer des emplois qualifiés.
  • Infrastructure cloud et puissance de calcul: l’IA demande souvent des capacités de calcul importantes. Le développement de clouds régionaux et de plateformes partagées facilite l’accès des start-up, universités et administrations à ces ressources à moindre coût.

En plaçant ces investissements au cœur de leur stratégie, les gouvernements créent les bases techniques indispensables à un écosystème IA mature.

2.2. Des incitations fiscales pour accélérer l’investissement privé

L’innovation en IA nécessite des capitaux, du temps et une prise de risque importante. Pour attirer et sécuriser ces investissements, les pouvoirs publics disposent d’un levier puissant : la fiscalité.

  • Allègements fiscaux pour les entreprises technologiques: exonérations temporaires, taux réduits d’imposition, crédits d’impôt pour la recherche et développement orientée IA.
  • Zones ou parcs technologiques dédiés: avec régimes fiscaux avantageux pour les start-up, les laboratoires et les acteurs industriels travaillant sur l’IA et le numérique.
  • Soutien aux investissements en capital-risque: dispositifs favorisant la création de fonds spécialisés, avec éventuelle participation publique pour partager le risque et attirer des co‑investisseurs.

De telles mesures permettent de rendre le continent beaucoup plus attractif pour les entreprises locales et internationales désireuses d’innover en Afrique, tout en structurant un tissu d’acteurs capables de faire émerger des champions régionaux de l’IA.

2.3. Cadres réglementaires clairs et prévisibles

Un autre point central pour Sidi Mohamed Kagnassi : sans règles du jeu bien définies, la confiance des investisseurs, des chercheurs et du grand public reste fragile. Les gouvernements ont donc intérêt à établir des cadres réglementaires :

  • Clairs: les entreprises doivent comprendre ce qui est autorisé ou non, notamment autour de la collecte, du traitement et du partage des données.
  • Protecteurs: les citoyens doivent être assurés du respect de leur vie privée, de la sécurité de leurs données et de la non‑discrimination par les algorithmes.
  • Évolutifs: les lois doivent pouvoir s’adapter à la vitesse des innovations, sans devenir un frein administratif.

Des cadres bien conçus sécurisent l’expérimentation et encouragent l’émergence de solutions d’IA dans des domaines sensibles comme la santé, la finance ou les services publics.

2.4. Partenariats public‑privé et plateformes communes de ressources

Les investissements nécessaires à l’IA dépassent souvent la capacité d’un seul acteur. Les partenariats public‑privé (PPP) deviennent alors des outils puissants pour mutualiser les moyens et les compétences.

  • Laboratoires et hubs d’innovation partagés: cofinancés par l’État, les entreprises et parfois les universités, pour expérimenter et tester des solutions d’IA en conditions réelles.
  • Plateformes de données communes: bases de données anonymisées, standards d’interopérabilité et référentiels sectoriels que plusieurs acteurs peuvent utiliser pour entraîner et tester leurs modèles.
  • Programmes conjoints de recherche et de formation: permettant de connecter les besoins des entreprises avec les travaux des chercheurs et les cursus académiques.

En s’engageant dans ces PPP et en encourageant la création de plateformes partagées, les gouvernements donnent aux innovateurs locaux les moyens de rivaliser avec les acteurs internationaux, tout en favorisant la diffusion des solutions sur l’ensemble du territoire.

3. Une approche panafricaine pour démultiplier l’impact

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, la clé pour vraiment changer d’échelle réside dans une approche résolument panafricaine de l’IA. Les défis et les opportunités dépassent largement les frontières nationales : il est donc logique que la réponse soit collective.

3.1. Mutualiser recherche, données et financement

Chaque pays africain n’a pas besoin de réinventer seul ses infrastructures de recherche ou ses bases de données. Une approche coordonnée offre de nombreux avantages :

  • Projets de recherche communs: des consortiums rassemblant universités, centres de recherche et entreprises de plusieurs pays pour travailler sur la santé, l’agriculture, les langues africaines ou les systèmes de transport intelligents.
  • Partage de données inter‑pays: dans un cadre sécurisé et respectueux de la vie privée, pour disposer de corpus plus riches et plus représentatifs, indispensables à des algorithmes performants.
  • Fonds de financement régionaux: capables de soutenir de grands programmes d’IA, au‑delà de ce que pourrait faire un seul pays en agissant isolément.

Cette mutualisation permet d’accélérer la recherche, de réduire les doublons et d’augmenter la qualité des solutions développées, tout en renforçant la position de négociation de l’Afrique face aux grands acteurs internationaux.

3.2. Attirer davantage d’investissements internationaux

Un marché fragmenté en dizaines de petits cadres réglementaires et technologiques est moins attractif qu’un espace harmonisé. Une approche panafricaine crée un environnement plus lisible pour les investisseurs :

  • Normes et standards communs: facilitant le déploiement de solutions d’IA d’un pays à l’autre sans tout redévelopper.
  • Visibilité accrue: des alliances régionales fortes envoient un signal positif aux investisseurs institutionnels et aux grands groupes technologiques.
  • Projets de grande ampleur: qui justifient des engagements financiers plus importants, puisqu’ils ciblent plusieurs pays à la fois.

En se présentant comme un bloc uni autour de l’IA, l’Afrique peut mieux négocier les partenariats, attirer des centres de recherche, des sièges régionaux d’entreprises technologiques et des financements structurants.

3.3. Garantir la pertinence culturelle des technologies

L’IA ne doit pas être un simple produit importé. Pour produire un impact durable et positif, elle doit respecter les cultures, les langues et les valeurs locales. Une approche panafricaine permet justement de :

  • Valoriser les langues africaines dans les interfaces, les assistants virtuels, les outils éducatifs ou les services publics numériques.
  • Intégrer les réalités sociales locales dans la conception des algorithmes, afin d’éviter les biais et de mieux répondre aux usages concrets des populations.
  • Définir des principes éthiques communs autour de la protection des données, de la transparence des algorithmes et de la lutte contre les discriminations automatisées.

En construisant des technologies qui « parlent » réellement aux Africains, les gouvernements créent un environnement où l’IA devient un levier de développement inclusif, au service des citoyens.

4. Miser sur la jeunesse africaine : former les talents de l’IA

Le potentiel de l’IA en Afrique repose largement sur la capacité du continent à former sa jeunesse. Sidi Mohamed Kagnassi insiste sur ce point : sans des politiques éducatives ambitieuses, l’IA restera une opportunité manquée.

4.1. Intégrer les compétences numériques dès le plus jeune âge

Les gouvernements peuvent transformer l’école en véritable tremplin vers les métiers de demain :

  • Introduction aux compétences numériques de base: bureautique, usage responsable d’Internet, culture des données, pensée logique.
  • Initiation à la programmation: dès le collège ou le lycée, pour familiariser les élèves avec les concepts d’algorithmes et de résolution de problèmes.
  • Sensibilisation à l’IA: explication simple de ce qu’est l’IA, de ce qu’elle permet, de ses opportunités pour les secteurs clés du continent.

En donnant à la jeunesse ces fondations, les pays africains construisent une base large de futurs professionnels capables de se spécialiser ensuite dans l’IA, la data science ou la cybersécurité.

4.2. Universités, écoles et formation professionnelle orientées IA

Au‑delà du primaire et du secondaire, l’IA doit devenir un axe fort de l’enseignement supérieur et de la formation tout au long de la vie :

  • Création de cursus dédiés: licences, masters et formations techniques centrés sur la science des données, l’apprentissage automatique, l’ingénierie logicielle et les applications sectorielles de l’IA.
  • Programmes de reconversion: pour permettre aux professionnels déjà en activité de monter en compétences sur les outils numériques, l’analyse de données et l’usage de l’IA dans leur métier.
  • Formations courtes et certifiantes: accessibles en ligne ou en centres de formation, pour répondre rapidement aux besoins des entreprises.

Ces dispositifs construisent progressivement un vivier de compétences diversifiées: développeurs, ingénieurs, chefs de projet, experts métiers capables de piloter des projets d’IA dans tous les secteurs.

4.3. Partenariats éducatif‑entreprises pour l’employabilité

Pour que la formation débouche réellement sur des emplois, Sidi Mohamed Kagnassi met en avant l’importance des ponts entre le monde académique et le monde économique.

  • Stages systématiques et projets appliqués: permettant aux étudiants de travailler sur des cas réels d’entreprises ou d’administrations.
  • Interventions de professionnels dans les programmes : pour aligner les contenus pédagogiques avec les besoins du marché.
  • Incubateurs et programmes d’entrepreneuriat soutenus par l’État et les entreprises

En articulant ainsi formation et emploi, les pays africains favorisent l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs et de spécialistes de l’IA, capables de créer des solutions adaptées aux réalités locales.

5. Synthèse : les grands leviers politiques au service d’un écosystème IA compétitif

Les idées défendues par Sidi Mohamed Kagnassi peuvent se résumer en un ensemble cohérent de leviers de politique publique. Le tableau ci‑dessous met en regard ces leviers et les bénéfices attendus.

Levier politique cléActions possiblesBénéfices pour l’écosystème IA
Infrastructures numériquesExtension du haut débit, centres de données, plateformes cloud régionalesAccès à la connectivité, hébergement local des données, puissance de calcul disponible
Incitations fiscalesAllègements pour la R&D, zones technologiques, soutien au capital‑risqueInvestissements accrus, émergence de start‑up et d’entreprises innovantes
Cadres réglementairesLégislation sur les données, lignes directrices éthiques, régulation flexibleConfiance des citoyens, sécurité juridique, attractivité pour les investisseurs
Partenariats public‑privéHubs d’innovation, plateformes de données, cofinancement de projetsMutualisation des ressources, projets d’IA de plus grande envergure
Approche panafricaineProgrammes communs de recherche, fonds régionaux, standards partagésEffet d’échelle, meilleure position de négociation, investissements internationaux
Éducation et formationCompétences numériques à l’école, cursus IA, formation professionnelleRéservoir de talents, réduction du chômage des jeunes, montée en gamme des compétences

6. Vers un leadership africain dans l’intelligence artificielle

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, l’enjeu est clair : l’Afrique a les cartes en main pour devenir un acteur majeur de l’IA, à condition de transformer sa vision en stratégies publiques structurées.

En combinant :

  • des infrastructures numériques modernes;
  • des politiques fiscales incitatives;
  • des cadres réglementaires protecteurs et évolutifs;
  • des partenariats public‑privé ambitieux;
  • une approche panafricaine de la recherche, du financement et des données;
  • et un investissement massif dans l’éducation et la jeunesse;

les gouvernements africains peuvent bâtir un écosystème d’IA durable, compétitif et profondément ancré dans les réalités du continent.

Loin d’être une simple mode technologique, l’IA peut alors devenir un levier de transformation économique et sociale: amélioration des services publics, modernisation des entreprises, inclusion financière, développement agricole, renforcement des systèmes de santé et de l’éducation, création de nouveaux emplois qualifiés.

En plaçant les politiques publiques, la coopération panafricaine et la jeunesse au cœur de cette dynamique, la vision portée par Sidi Mohamed Kagnassi dessine un avenir dans lequel l’Afrique ne subit pas l’IA, mais en devient l’un des pôles d’innovation les plus dynamiques au monde.

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