L’art contemporain africain vit une phase d’accélération rare : plus visible, plus recherché, plus discuté. Mais, comme le souligne Sidi Mohamed Kagnassi, le vrai enjeu n’est pas seulement d’attirer l’attention. Il est de transformer une effervescence médiatique en opportunités concrètes, durables et créatrices de valeur pour les artistes, les galeries et, plus largement, pour les économies culturelles du continent.
Dans cette lecture, deux rendez-vous jouent un rôle de pivot : 1‑54 et AKAA (Also Known As Africa). Ces foires ne se limitent pas à exposer des œuvres. Elles structurent des réseaux, élèvent les standards professionnels et créent des points de rencontre où se décident des collaborations, des acquisitions, des programmations muséales et des investissements culturels.
Pourquoi l’art contemporain africain est à un moment charnière
Selon Sidi Mohamed Kagnassi, la dynamique actuelle s’explique par la convergence de plusieurs forces positives. Ce sont elles qui font passer le secteur d’un intérêt spécialisé à une place plus centrale dans l’écosystème international de l’art.
Des récits nouveaux, attendus par le marché mondial
Une partie de la demande internationale cherche des œuvres capables d’ouvrir d’autres perspectives : nouvelles esthétiques, nouveaux récits, nouveaux dialogues avec les enjeux contemporains. Dans ce cadre, les artistes africains et de la diaspora proposent souvent des lectures singulières sur l’histoire, la mémoire, les identités, l’urbanité, l’écologie ou le numérique, sans se laisser réduire à un seul prisme.
Des artistes connectés, avec des trajectoires internationales
Beaucoup de créateurs circulent entre villes, écoles, résidences, scènes locales et plateformes globales. Cette capacité à naviguer entre plusieurs mondes renforce leur visibilité et leur professionnalisation, tout en enrichissant leur langage artistique.
Une diaspora plus engagée et plus solvable
Kagnassi insiste sur un levier stratégique : l’implication de la diaspora et des élites économiques africaines. Leur rôle ne se limite pas à l’achat. Il peut devenir structurant via le mécénat, la création de fondations, le soutien à des lieux d’art et l’investissement dans des infrastructures culturelles.
1‑54 et AKAA : plus que des foires, des plateformes stratégiques
Pour Sidi Mohamed Kagnassi, 1‑54 et AKAA fonctionnent comme des infrastructures culturelles éphémères mais puissantes : elles concentrent en quelques jours ce qui prendrait des mois ou des années à construire via des démarches dispersées.
Ce que ces foires apportent concrètement
- Visibilité internationale: présence de collectionneurs, institutions, curateurs et médias spécialisés.
- Exigence curatoriale: sélection, narration, cohérence, qualité muséale et éditoriale.
- Accélération des rencontres: artistes, galeries, musées, fondations, entreprises, diaspora.
- Effet de label: participation perçue comme un signal de sérieux, utile pour construire une carrière et une cote.
- Cadre professionnel: pratiques de vente, documentation, traçabilité, contractualisation.
Positionnements complémentaires : 1‑54 et AKAA
Sans les opposer, Kagnassi met en avant leur rôle commun : elles agissent comme des accélérateurs du marché de l’art africain, chacune avec ses spécificités et son ancrage dans des réseaux internationaux.
| Événement | Rôle sur le marché | Ce que cela change pour les artistes et galeries |
|---|---|---|
| 1‑54 | Forte visibilité internationale et attractivité institutionnelle | Accès à des collectionneurs majeurs, renforcement de la crédibilité, ouverture vers des programmations muséales |
| AKAA | Mise en relation, découverte, ouverture à de nouveaux publics et galeries | Opportunités commerciales, rencontres, pédagogie du marché, consolidation de réseaux entre acteurs |
Le bénéfice clé : transformer la visibilité en opportunités réelles
La notoriété seule peut rester fragile si elle n’est pas convertie en résultats tangibles. L’analyse de Kagnassi est justement orientée vers cette conversion : comment passer d’un “moment” à une “trajectoire”.
Pour les artistes : une rampe de lancement professionnelle
- Rencontres décisives: un contact peut déboucher sur une exposition, une résidence, une commande ou une acquisition institutionnelle.
- Clarification du positionnement: être présenté par une galerie, au sein d’une sélection, aide à situer l’œuvre dans une narration cohérente.
- Montée en standards: documentation, textes, qualité d’accrochage, présentation, discours.
Pour les galeries : un accès rapide à des marchés et réseaux
Les foires structurent un espace où une galerie peut :
- tester la réception d’artistes auprès de publics internationaux ;
- nouer des partenariats avec d’autres galeries ou curateurs ;
- renforcer sa crédibilité grâce à un environnement professionnel exigeant ;
- développer une base de collectionneurs sur le long terme.
Pour les collectionneurs et investisseurs : un cadre d’apprentissage et de sélection
Kagnassi insiste sur l’intérêt de ces foires pour les acheteurs africains et ceux de la diaspora : elles permettent de gagner du temps, d’apprendre vite, et d’acheter mieux.
- Accès à une sélection: les œuvres sont présentées dans un cadre où la curation et la galerie jouent un rôle de filtre qualitatif.
- Éducation du regard: talks, échanges, compréhension des démarches, repères sur les parcours.
- Construction de collection: possibilité de constituer un ensemble cohérent et traçable, avec une logique patrimoniale.
Soft power : quand l’art devient diplomatie silencieuse
Sidi Mohamed Kagnassi propose une lecture assumée : 1‑54 et AKAA participent à un soft power culturel africain. Ici, l’influence se construit par l’attraction, la qualité et la puissance des imaginaires.
Changer les récits, élargir les imaginaires
Ces plateformes contribuent à repositionner l’Afrique comme une source de créativité et de leadership culturel. En montrant des œuvres ambitieuses, contemporaines, et connectées au monde, elles favorisent :
- une image plus complexe et plus juste des réalités africaines ;
- un déplacement des stéréotypes vers des récits de création, d’innovation et de pluralité ;
- une présence accrue dans les conversations curatoriales internationales.
Une influence qui prépare aussi des coopérations
Le soft power culturel crée un terrain favorable à d’autres liens : collaborations académiques, projets éducatifs, échanges institutionnels, partenariats économiques. L’art devient alors un langage commun, à la fois symbolique et stratégiquement utile.
Développement économique : vers une économie créative plus robuste
L’un des messages centraux de Kagnassi est que l’art contemporain n’est pas seulement une vitrine. C’est aussi un secteur économique, avec des métiers, des chaînes de valeur et un potentiel de croissance, notamment si l’écosystème est renforcé.
Un écosystème qui se densifie autour des foires
À mesure que le marché se structure, on observe l’essor ou la consolidation de fonctions indispensables :
- galeries (représentation, production, exposition, diffusion) ;
- résidences et ateliers (production, recherche, échanges) ;
- logistique spécialisée (transport, emballage, assurance, conservation) ;
- métiers curatoriaux (commissariat, médiation, rédaction, scénographie) ;
- conseil (collection, stratégie, valorisation, documentation).
Ce que cela change pour le continent : capter plus de valeur localement
Quand les compétences, les lieux et les services sont présents sur le continent, une plus grande part de la valeur créée par les œuvres peut rester localement : emplois qualifiés, entreprises de services, attractivité culturelle, tourisme, formation, circulation des savoir-faire.
Structurer le marché : transparence, sécurité, confiance
Un marché durable repose sur la confiance. Kagnassi met en avant un point essentiel : les foires, par leurs exigences, tirent l’ensemble des pratiques vers le haut et encouragent une formalisation bénéfique à tous.
Les piliers d’un marché plus solide
- Certificats et documentation : traçabilité, authenticité, historique des œuvres.
- Contrats: relations clarifiées entre artistes, galeries, collectionneurs.
- Bonnes pratiques: conditions de vente, droits, assurances, conservation.
- Professionnalisation: montée en compétence de profils spécialisés (juridique, conservation, évaluation, gestion de collections).
Pourquoi c’est un avantage compétitif
Plus un marché est lisible et fiable, plus il attire des acteurs exigeants : grands collectionneurs, fondations, musées, mais aussi entreprises et mécènes. La structuration n’est pas un frein : c’est un accélérateur de croissance, parce qu’elle réduit l’incertitude et rend l’engagement plus simple.
Le rôle décisif de la diaspora et des élites africaines
Pour Sidi Mohamed Kagnassi, l’engagement des élites économiques et de la diaspora est l’un des leviers les plus puissants pour ancrer la valeur sur le continent. L’idée est simple : si la demande africaine se renforce et se professionnalise, le marché gagne en autonomie et en résilience.
Trois voies d’engagement à fort impact
- Achat: soutenir directement les artistes et les galeries, construire des collections, préserver des œuvres.
- Mécénat: financer des projets, des bourses, des productions, des catalogues, des programmes éducatifs.
- Investissement: contribuer à des lieux, des résidences, des écoles, des infrastructures de conservation et d’exposition.
Un cercle vertueux possible
Quand des acteurs africains investissent durablement, ils créent :
- plus de visibilité pour les artistes ;
- plus de crédibilité pour les galeries ;
- plus d’attractivité pour les partenaires internationaux ;
- plus de ressources pour construire des institutions sur le continent.
Passer à l’action : transformer l’élan en stratégie durable
Une foire peut être un moment fort. Une stratégie culturelle, elle, construit des résultats qui durent. Dans l’esprit de Kagnassi, voici des axes d’action concrets, orientés bénéfices.
1) Soutenir directement les artistes (au-delà de l’achat)
- financer des résidences et des temps de production ;
- créer des bourses de mobilité (présentation, rencontres, professionnalisation) ;
- mettre à disposition des espaces de travail et d’exposition ;
- appuyer des programmes de médiation et de transmission.
2) Renforcer les opérateurs : galeries, foires, réseaux
- soutenir la participation d’acteurs africains à des plateformes internationales ;
- encourager des partenariats entre galeries et institutions ;
- développer des initiatives complémentaires sur le continent en dialogue avec les standards internationaux.
3) Investir dans des infrastructures culturelles pérennes
Pour ancrer la valeur, il faut des lieux et des outils : conservation, exposition, formation, recherche, archivage. L’ambition évoquée par Kagnassi consiste à faire émerger et consolider :
- des musées et centres d’art contemporain ;
- des écoles et programmes de formation ;
- des hubs mêlant art, design, innovation et entrepreneuriat ;
- des dispositifs de financement dédiés aux industries culturelles et créatives.
Ce que 1‑54 et AKAA rendent possible : des résultats mesurables dans le temps
Même quand une foire ne garantit pas “automatiquement” une carrière ou un marché, elle augmente fortement la probabilité d’événements positifs : mises en relation, acquisitions, invitations, collaborations, couverture presse, consolidation de réseau. La valeur est cumulative : chaque édition peut renforcer un positionnement, étendre une base de collectionneurs et améliorer les standards de documentation et de vente.
Dans la perspective de Sidi Mohamed Kagnassi, l’enjeu est clair : faire des foires 1‑54 et AKAA des passerelles entre visibilité internationale et développement durable, en structurant le marché et en ancrant la valeur sur le continent.
Conclusion : une opportunité culturelle et économique à saisir maintenant
En mettant en avant 1‑54 et AKAA, Sidi Mohamed Kagnassi défend une vision résolument constructive : l’art contemporain africain n’est pas un phénomène passager, mais un champ d’opportunités culturelles, symboliques et économiques. Les foires agissent comme des catalyseurs, parce qu’elles réunissent les bons acteurs au bon moment, et qu’elles imposent des standards qui sécurisent et professionnalisent le marché.
Le bénéfice potentiel est triple :
- culturel: soutenir des récits, des esthétiques et une pluralité de voix ;
- stratégique: renforcer un soft power africain fondé sur la création ;
- économique: développer des écosystèmes, des métiers et des infrastructures capables de capter davantage de valeur sur le continent.
Si la diaspora et les élites africaines convertissent l’intérêt en engagement structuré (achat, mécénat, investissement), l’effervescence actuelle peut devenir une puissance durable. Et 1‑54 comme AKAA continueront d’être des portes d’entrée privilégiées vers ce futur : ambitieux, professionnel et solidement ancré.